• Philippe Zeller

La génération Z va changer le monde de l'entreprise (version Longue)

Dernière mise à jour : 19 avr. 2020

Souvent regardés comme des ovnis comportementaux, les "millenials"de la génération Z font malgré eux bouger les lignes des entreprises qui n'ont d'autre choix que d'évoluer pour les attirer. Entre risque et vraie opportunité, top départ pour la chronique de la fin d'un cycle...

je ne sais pas si vous avez vu La belle Histoire, le film de Claude Lelouch, et bien ce que je me prépare à vous compter me fait un peu penser à ça (le talent de Lelouch en moins). Alors, c'est parti pour une petite histoire qui parle de 4 générations qui se suivent et ne se ressemblent pas:


Il s'appelle Gérard, il est né en 1945. Je le connais bien Gérard : c'est mon père. C'est un Baby-Boomer (l'explosion démographique post 2nde guerre mondiale. En gros, les gens sont plus contents qu'avant alors ils font des bébés - et en plus en 1952 on a inventé les antibiotiques à base de pénicillines d'hémisynthèse, la mortalité chute fortement et la population des pays occidentaux explose littéralement).

Après ses études, il cherche un travail et en moins de 15 jours est recruté comme ingénieur chez Renault. Il en sortira retraité en 2009. Je sais, ça a l'air dingue dit comme ça... Et oui, c'est une autre époque.

Son cousin, lui a eu une approche un peu différente : après ses études, en 1969, il était révolté contre la société qui "partait en couille" et après avoir lancé des pavés avec ses camarades dans les rues de Paris, il est parti vivre pendant 3 ans dans une communauté de hippies en Lozère. Un beau matin, ça l'a fatigué de vivre au moyen âge sans frigo ni paracétamol - même si tout le monde faisait la paix et s'aimait... bref, il est parti. En 3 semaines, il a posé ses valises en région Parisienne et a été recruté par L'Oréal. Et oui c'était une autre époque...


Moi je suis né en 1972, donc techniquement je suis de la génération X (1964-1984); mais parlons plutôt de mon cousin qui est né en 1967: Quand Pierre a eu 17 ans, lui aussi a été un rebelle comme son aïeul. On était en 1984. Pierre avait les cheveux verts, il avait une veste en jean noire avec des épingles à nourrice géantes de partout... il était punk. Je me rappellerai toujours que sur le mur de sa chambre était écrit en énooooorme "No Future Generation".

Et c'est bien ça le truc de la génération X : une génération qui a cru qu'elle n'aurait aucun avenir. L'explication : En 1973 il y a eu une crise pétrolière, le baril de pétrole est passé en 6 mois de 2,5$ à 12$, et tout le beau système de prospérité (qui a duré 30 ans tout de même) s'est enrayé. Les occidentaux ont découvert le chômage. Techniquement la génération X c'est une génération d'enfants qui en se réveillant au lendemain de leur diplôme se sont dit "ça va déjà être chaud d'avoir autant que papa et maman, ces vieux C***".


Ma génération est donc rentrée malgré elle dans un cruel jeu d'offre et de demande - peu d'emploi/plein de prétendants. Et les entreprises ont eu le pouvoir de choisir ceux qu'elles voulaient garder et qui étaient prêts à tout pour coller au modèle. Donc on nous a testés dans tous les sens, on nous a tapé dessus en stage pour voir si on était résistants et, à compétence égales, on a uniquement gardé les plus dociles.

X n'a eu d'autre choix que chercher à progresser à tout prix, ce qui est le signe le plus tangible de la satisfaction de sa hiérarchie; quitte à s'oublier complètement. Et là je sais ce que vous vous dites : Mais c'est une termite le mec, un maillon super remplaçable d'un système super résiliant qui le dépasse largement. C'est vrai en un sens, mais c'était une autre époque...


Parlons maintenant de Julien : il est né en 1985 et quand il a eu 14 ans, il écoutait du Rage against the machine et du Nirvana, il était Grunge et ne croyait qu'aux complots mondiaux de l'information. C'était le fils de mes voisins, pour lui faire faire un truc, il fallait se justifier AVANT même de commencer à demander. En bref, pour le faire bouger, il fallait nécessairement donner du sens à chaque mouvement de ses muscles. Et tant qu'il n'avait pas une explication qui lui allait, il continuait à demander "mais pourquoi?" Bref, Julien est un Y. Le Y se dit "Ouaille" en Anglais tout comme le mot pourquoi. Voilà, vous savez maintenant pourquoi d'un coup lui est devenu un Y, et comme je suis de la génération juste avant je suis devenu un X.


Rentrons maintenant dans le vif du sujet : la génération Z. On considère qu'elle commence entre 1994 et 1996. Mais pourquoi donc? Elle est liée à l'adaptation comportementale à un petit outil que le binôme Steeve Jobs et Mark Zuckerberg ont co-construit : le smartphone avec un réseau social dessus. Moi, à 14 ans, mes potes ne pouvaient que se situer dans un rayon de 4 Km. En gros, il y avait 20 maisons dans ce périmètre et ça ressemblait tragiquement à un film de Sergio Leone. On y trouvait le Bon, la brute, le truand + 5 filles - pas le choix ça devait être eux. Pour la génération Z, la structuration des rôles sociaux a été d'un coup d'un seul bien différente : avec la possibilité d'avoir des amis sur la terre entière, comment fait-on pour les choisir ? Qui suivre, quel doit être le filtre?

La réponse est providentielle : ce sont les valeurs qui constituent leur filtre principal de choix. Et oui, c'est notre époque... une époque où nos enfants clament haut et fort que tester des cosmétiques sur des animaux sans se préoccuper de la notion de douleur, c'est mal. Une époque où mon fils veut qu'on fabrique notre propre dentifrice pour le mettre dans des tubes en verre réutilisables et limiter notre impact pollution. Une époque où 5% de la population mondiale serait végétarienne ou végan et où on estime à 35% les Français avec un régime flexitarien (catégorie végétarienne mais pas trop, non militante, composée de personnes réduisant leur consommation de produits carnés, privilégiant la qualité à la quantité, sans toutefois y renoncer complètement) - Et bien vous savez quoi, moi je trouve ça cool, même si je vous l'avoue, je n'ai pas trop envie de lâcher mon sauté de veau aux olives !


Le plus improbable, c'est que pour la première fois dans l'histoire, 3 générations se côtoient dans nos entreprises : des X, des Y et des Z.

Il faut comprendre aussi une chose : en 2025 Y+Z représenteront 79,8% de la population en âge de travailler sur notre jolie planète bleue.

Pour autant les codes de nos grandes entreprises ont été écrits par des Baby-Boomers et sont portés par des COMEX peuplés de X qui ne disparaitront du paysage qu'en 2044.

Ces 10 dernières années, nous avons graduellement découvert les Y qui nous ont poussé à donner du sens à nos actions pro, et désormais nous y parvenons majoritairement.


Mais les Z vont encore nous pousser à bousculer tout cela pour y mettre des valeurs! Pas juste des mots sur un mur qui sont dans le camp lexical "Valeurs"... non de vraies valeurs qui représentent le cadre des actions d'une entreprise - c'est à dire, ce qu'on veut voir, ce qu'on peut accepter et ce qu'on ne veut surtout pas voir.

En bref, cette nouvelle génération va nous forcer à évoluer et faire entrer nos entreprises dans l'ère de l'éthique.

Alors n'ayons pas peur d'eux, acceptons le changement et laissons nous porter vers une entreprise qui utilise la puissance du collectif, dans un cadre social où l'on a conscience de notre impact carbone.

Tiens d'ailleurs, vous qui lisez cet article, ne préfèreriez-vous pas vivre dans un monde professionnel où on donne du sens à nos actions en s'assurant qu'elle restent dans un cadre emprunt de valeurs?


Finalement on peut ressortir la célèbre citation de Marc Twain "ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait" et se dire que même si elle a plus de 100 ans elle est plus que jamais au gout du jour.


Ps: dans un autre article, si vous êtes sages, on vous briefera sur comment les manager.

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